mardi 1 mars 2016


De l'utilité de créer des personnages presque fictifs



La chronique mensuelle de Michel Onfray | N°130 – Mars 2016

Je lis souvent la scène de l'hôpital : les souffrances de l'enfant : et ce qu'en disent les gens qui sont autour du lit. (Si je me souviens bien le lecteur doit attendre les trois quarts du roman La peste pour connaître le nom du narrateur : ce qui n'est pas le cas dans Jugan de Jérôme Leroy : le lecteur ne connaîtra jamais le nom de celui qui raconte.)

Chère Virginie (le chêne parlant quoi que...) votre commentaire poème de On ne meurt pas chagrin de l'autre jour est parfait. Je le cite ici en entier :

Le passage zébré du désespoir hante les nuits peuplées d’esprits. 
Quand les pensées frappent à coups de poings rageurs le corps cireux du perdu 
Révolte élancée contre le figé, 
Energie bravant l’inertie, 
Mouvement de détresse jeté sur le glaçant,
Chair heurtant le pavé de ce qui a été, battant ce qui n’est plus, cognant avec effroi les silences de pierre, 
Inutile tentative de soulever le couvercle d’une perte trop lourde. 

Je cite maintenant la fin d'un commentaire de Soluto toujours à propos de On ne meurt pas de chagrin : 
"On avait passé trop vite sur la composition de l’ouvrage, sur l’étrangeté de vos dernières pages, sur le rapport d’intimité presque immédiat qu’il crée avec son lecteur et le sentiment confus d’abandon qui empoigne quand on le referme." 


Cher Alf, 
A l’écoute des formes et du multiple, les amis ont le temps pour géométrie et l’espace pour échange. Si aucune fermeture, aucun mur n’est susceptible de border leur horizon, c’est qu’ils fondent de la même sève - un peu humaine - ni liquide, ni solide, coulée visqueuse suspendue au-dessus des émotions. 
Merci, cher ami. 
Virginie


samedi 20 février 2016


De l'utilité de créer des personnages presque fictifs



Je fais l'amour (je ne suis pas éjaculateur précoce : mais il m'arrive de vouloir jouir vite pour éprouver égoïstement encore plus de jouissance). Après la jouissance, je reste à l'intérieur un moment : je reste à l'intérieur jusqu'à cette sensation : mon sexe de moins en moins ithyphallique glisse vers l'extérieur : jusqu'à ce petit gémissement qu'elle émet quand mon sexe mou glisse mécaniquement vers l'extérieur.

Les premières pages de On ne meurt pas de chagrin (elles ne portent pas de numéro) visitent les corps. Le narrateur rapporte une scène d'amour qu'il n'a pas vue. Le lecteur peut très bien imaginer qu'il arrive au narrateur de faire l'amour exactement comme dans la scène inaugurale de On ne meurt pas de chagrin. Le corps. Ça commence par le corps. Ça commence par la saveur particulière des corps.

Un nocturne effet flotte sur les dernières pages de On ne meurt pas de chagrin (elles ne portent pas de numéro). Ça finit comme ça. La saveur particulière du ghost : une vapeur nette, un brouillard triste, une fumée de charbon. 

Ma femme (nous n' habitons pas la même aile du château mais nous nous croisons de temps en temps) a laissé traîner exprès le dernier livre d'Emmanuel Carrère : Il est avantageux d'avoir où aller. Je ne peux pas lui en vouloir mais maintenant, à cause du rapport final du livre : je ne pense qu'à ça : trouver un dé.

jeudi 18 février 2016


De l'utilité de créer des personnages presque fictifs


Les paquebots de la Manche et de la mer d’Irlande, les bateaux de fleuve et de rivière, les bateaux de la Seine – Hirondelles, Express et Omnibus. Les Mouches du port de Marseille. Les locomotives à grande vitesse des six grandes Compagnies françaises. Les aérostats militaires au Tonkin : l'apprenant Arthur Rimbaud sillonne la table des matières des « Merveilles de la science, ou Description populaire des inventions modernes » : Les Tomes de Monsieur Figuier !



Jamais (never !) je ne parle de "prétention" ou de "mauvaise foi" : ceux ne sont pas là mes mots.